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Route des vins de Bourgogne : les villages où ralentir entre Dijon et Santenay

Romain Fournier 6 min de lecture
Plus beaux villages route des vins bourgogne entre Dijon et Santenay, route au milieu des vignes

Entre Dijon et Santenay, une soixantaine de kilomètres de bandeau viticole concentrent parmi les plus beaux villages de Bourgogne. La route des vins, tracée en 1937, longe 37 communes où pierre blonde, toits de tuiles vernissées et vignes à perte de vue composent un paysage qui n’a presque pas bougé depuis un siècle. Voici comment repérer les villages qui valent vraiment le détour, et comment organiser la visite sans se perdre.

La route des vins de Bourgogne, une colonne vertébrale de 60 km

La route s’étire sur environ 60 km entre Dijon, au nord, et Santenay, à la pointe sud de la Côte de Beaune. Elle suit un bandeau viticole étroit, large de 2 km au maximum, perché entre 300 et 400 m d’altitude sur le rebord du plateau. Cette bande de coteaux, orientée est, capte le soleil du matin et abrite les parcelles les plus prestigieuses de la région : c’est ici, et nulle part ailleurs, que se concentrent les grands crus bourguignons.

Le balisage est simple à repérer : des panneaux à fond marron ornés d’une grappe de raisin blanche jalonnent l’itinéraire de village en village. Impossible de se tromper de route tant que l’œil reste attentif à ce repère, qui distingue la route des vins des simples départementales du secteur.

Deux terroirs, deux ambiances

La route traverse deux entités viticoles bien distinctes. Au nord, la Côte de Nuits concentre 24 des grands crus de la région sur un ruban de villages resserrés autour de Gevrey-Chambertin, Vougeot ou Nuits-Saint-Georges : c’est le royaume du pinot noir et des vins rouges de haute garde. Au sud, à partir de Beaune, la Côte de Beaune s’élargit et mêle rouges puissants et blancs de renom, avec Meursault, Puligny-Montrachet ou Santenay comme points de repère. Sur l’ensemble de l’itinéraire, on recense 32 grands crus, sur les 33 que compte toute la Bourgogne.

Les villages qui font la réputation de la route

Difficile de désigner un seul « plus beau village » : chacun cultive un charme différent, entre patrimoine roman, ruelles de pierre sèche et ambiance de bourg vigneron encore habité par ceux qui font le vin.

Marsannay-la-Côte et Couchey, la porte d’entrée

Premier village en descendant depuis Dijon, Marsannay-la-Côte est connu pour être le seul de la Côte de Nuits à produire les trois couleurs, rouge, blanc et rosé, sous une même appellation. Le Café du Rocher, ouvert depuis 1830, y sert toujours de point de repère pour les habitués. Juste après, Couchey, érigé en seigneurie dès 630, séduit par ses ruelles resserrées et son église dotée d’une horloge à une seule aiguille, un détail que peu de visiteurs remarquent au premier passage.

Gevrey-Chambertin, le prestige assumé

Impossible de traverser la Côte de Nuits sans s’arrêter à Gevrey-Chambertin, dont le nom est associé à l’un des grands crus les plus recherchés au monde. Le château médiéval qui domine le village, les caveaux de dégustation ouverts aux visiteurs et les ruelles pavées en font une étape qui aide à comprendre pourquoi cette portion de coteau fascine autant les amateurs.

Nuits-Saint-Georges et Pernand-Vergelesses, deux visages opposés

Nuits-Saint-Georges, à peu près à équidistance des deux extrémités de la route (environ 30 km de Dijon comme de Santenay), fait figure de petite capitale viticole : commerces, marché, et une notoriété renforcée par le passage du Tour de France, qui y a organisé un contre-la-montre. À l’opposé, Pernand-Vergelesses, avec ses 253 habitants, incarne le village discret installé au creux d’un vallon, entouré des vignes du Corton-Charlemagne, où le silence remplace l’agitation des bourgs plus fréquentés.

Beaune, l’aboutissement patrimonial

La route converge naturellement vers Beaune, capitale historique des vins de Bourgogne, où les Hospices attirent chaque année les regards du monde entier lors de leur vente aux enchères annuelle. Les toits de tuiles vernissées de l’Hôtel-Dieu, les remparts et le dédale de ruelles marchandes en font une étape plus urbaine, mais tout aussi chargée d’histoire que les villages plus modestes traversés en chemin.

Ce qu’on peut faire dans chaque village

Au-delà de la contemplation, la route se prête à des activités concrètes qui rythment une journée de visite.

Dégustation et découverte du terroir

La plupart des villages disposent de caveaux ouverts à la dégustation, souvent tenus directement par les vignerons. C’est l’occasion de comprendre la logique des climats, ces parcelles délimitées avec précision depuis des siècles, qui expliquent pourquoi deux vignes voisines peuvent produire des vins si différents. Dans le paysage, on repère parfois de petites cabanes de pierre sèche appelées cabottes, qui servaient autrefois d’abri aux vignerons lors des orages ou des pauses de mi-journée.

Patrimoine et activités familiales

Plusieurs villages proposent des city games ou escape games en extérieur, pensés pour faire découvrir le patrimoine local de façon ludique, notamment autour de Gevrey-Chambertin et Nuits-Saint-Georges. À Nuits-Saint-Georges toujours, le Cassissium retrace l’histoire de la crème de cassis bourguignonne à travers un parcours interactif adapté aux enfants comme aux adultes.

Autre particularité, moins visible au premier regard : la route des vins forme un corridor continu où la vigne n’a jamais cédé la place aux zones commerciales ou aux lotissements qui grignotent tant d’autres campagnes françaises. Chevreuils, rapaces et insectes pollinisateurs y circulent encore librement entre les coteaux, et la lumière du soir traverse les rangs de vigne sans obstacle du premier au dernier village. Cette continuité, plus que chaque village pris isolément, explique l’identité si reconnaissable de la route, en voiture comme à vélo.

Voiture, vélo : comment parcourir la route

La route se prête aussi bien à un trajet en voiture, avec des arrêts photo et dégustation à chaque village, qu’à une traversée à vélo pour les amateurs de rythme plus lent. La Voie des Vignes, qui relie Beaune à Santenay avant de rejoindre Nolay, est la 7e étape de la véloroute Charles le Téméraire et offre un itinéraire sécurisé, largement à l’écart de la circulation.

Compte tenu de la faible distance entre les villages, souvent quelques kilomètres seulement, il est possible d’enchaîner plusieurs étapes en une seule journée, à condition d’accepter de sacrifier certains arrêts pour privilégier la flânerie sur d’autres. Le rythme le plus agréable reste souvent celui qui laisse du temps pour une pause en terrasse ou une discussion improvisée avec un vigneron croisé devant son caveau.

Traditions et rendez-vous qui rythment l’année

La route des vins ne se limite pas à un paysage figé : elle vit au rythme des saisons viticoles et des traditions vigneronnes. La Saint-Vincent Tournante, fête patronale des vignerons, change de village organisateur chaque année et transforme pour un week-end une commune entière en lieu de célébration collective. La vente aux enchères des Hospices de Beaune, en novembre, reste l’événement le plus suivi, avec des prix qui font régulièrement l’actualité économique du vin. Les vendanges, généralement en septembre, offrent quant à elles l’occasion de voir les villages retrouver une intensité particulière, entre allées et venues des vendangeurs et effluves de moût dans les rues.

Ces repères saisonniers valent la peine d’être gardés en tête au moment de choisir sa période de visite : un même village peut se révéler très différent selon qu’on le découvre en pleine effervescence des vendanges ou dans le calme d’un après-midi d’hiver, quand les vignes dénudées laissent voir la structure exacte des coteaux.

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